Elle se tenait droite sur le siège, devant moi, les yeux dans le vague. Un peu triste car un soupir s’échappait parfois et la tête s’inclinait doucement. Cette mélancolie m’attirait. J’essayais d’imaginer ce qui avait pu assombrir ces yeux, ce qui faisait que la commissure de ses lèvres retombait légèrement. Une perte ? Une mauvaise nouvelle ? Un amour blessé ? Son regard a croisé le mien et ses paupières se sont closent. Je ne lisais plus le visage tendu. Mais ses doigts l’ont trahie. Leur agitation sur le téléphone auparavant blotti dans le creux de la main m’a dit l’émoi contenu. Les traits se sont crispés. Une larme a perlé. Elle a ouvert le téléphone, pianoté quelques touches, lu un message puis a fermé le clapet nerveusement. Elle a regardé par la fenêtre le paysage s’étirer. Je percevais un film se dévider derrière son front. Le téléphone est resté muet tout le voyage. Mon arrêt approchait. Je ne l’avais pas quittée des yeux. Sa peine était belle. En me levant je l’ai frôlée, elle n’a pas réagi. J’ai quitté le compartiment. J’ai gardé la larme dans le creux de ma paume.

Domlic - Janvier 2009